Texte : Allan Lynch

La région est de l’Île-du-Prince-Édouard est un lieu de souvenirs heureux : la porte moustiquaire qui bat doucement contre son cadre, les plages où on se sent libre, à tout âge, de remuer les orteils dans le sable… un lieu où les gens sourient sans raison particulière.

C’est l’endroit idéal pour décompresser : ramasser des moules, chercher des coques, se joindre à un céilí flottant, déguster un repas de midi aux algues, un repas du soir au homard…

Pour ceux qui ont la fibre environnementale et écologique, l’est de l’Île-du-Prince-Édouard offre tout cela dans un secteur relativement compact. Avec un seul réservoir d’essence, on peut voir beaucoup de choses et goûter à toutes sortes de plaisirs simples. De nos jours, la mode est au « manger local » dans un rayon de 100 milles. Mais ici, dans cette région du monde autosuffisante, on peut même manger local dans un rayon de 10 milles! Vous passerez à côté de champs, de fermes et de quais où tous les articles qui se retrouvent dans votre assiette (pommes de terre, légumes, viande, poisson…) sont cultivés ou récoltés. Et vous pourrez accompagner tous ces mets délicieux des vins de la seule cave vinicole de l’île ou donner du piquant à votre soirée avec un verre de gin, de vodka ou d’alcool noir produit par une distillerie artisanale.

Pour vous orienter dans cette région qui est un joyau de l’Île-du-Prince-Édouard, laissez-vous guider par les cinq principaux phares du secteur, qui vous mèneront d’une aventure ou découverte à une autre.

{Vous trouverez une carte au bas de la page indiquant les différentes destinations mentionnées dans le texte. Vous pouvez cliquer sur les liens sur la carte pour visualiser les attractions spécifiques mises en relief par Allan.}

Votre périple commence au phare de Point Prim (A sur la carte). Ce phare, construit en 1845 sur un doigt de terre séparant le détroit de Northumberland de Hillsborough Bay, est le tout premier phare de l’île et le seul phare circulaire en brique au Canada. Il fut conçu par Isaac Smith, qui se chargea également de la construction de l’assemblée législative provinciale. Il s’agit d’un lieu immaculé et plein de charme romantique. Vu de l’extérieur, vous pouvez suivre des yeux les quatre fenêtres parfaitement alignées, comme les boutons d’une chemise blanche bien propre, pour atteindre la salle rouge d’éclairage au sommet. Et, comme dans tous les phares de renom de l’est de l’Île-du-Prince-Édouard, vous pouvez, si vous le souhaitez, entrer dans l’édifice et monter jusqu’au sommet. C’est un endroit idéal pour admirer le coucher de soleil… ou pour organiser votre mariage, comme l’ont fait Goldie et Gilbert Gillis, habitants du coin. La famille Gillis est depuis longtemps liée au phare de Point Prim. En 1857, John Gillies (l’orthographe était différente à l’époque) devint gardien du phare et le phare resta dans la famille jusqu’en 1969, quand le cousin au deuxième degré de Gilbert, Manson Murchison, prit sa retraite en tant que dernier gardien du phare. Gilbert se souvient que son grand-père Angus Murchison, qui garda le phare pendant 35 ans, de 1920 à 1955, vivait à la ferme voisine et « connaissait si bien la luminosité de l’éclairage du phare que, quand la lumière tournait et frappait sa chambre à coucher, il savait tout de suite si le réservoir de carburant était sur le point de s’épuiser et devait être rempli. Si la lumière commençait à faiblir, il le remarquait, se réveillait et courait jusqu’au sommet du phare pour remplir le réservoir ». Gilbert explique, en secouant la tête, que la seule fois que le phare s’est éteint, c’est à l’arrivée, de jour, du yacht royal Britannia lors de la visite de Sa Majesté, en 1959. « Le ministère des Transports a appelé de Charlottetown et dit : “Monsieur Murchison, nous voulons que vous fassiez en sorte que cette lumière brille intensément lorsque le yacht royal arrivera par le détroit.” » Manson était si anxieux de donner au Britannia le meilleur accueil possible qu’il a trop rempli le réservoir de kérosène qui alimentait la lumière. Sous la pression, le réservoir s’est rompu et, comme le raconte Gilbert, « au moment crucial où le yacht royal passait le cap, la lumière s’est éteinte ». Sur la route menant du phare à la Transcanadienne, vous verrez des propriétés soigneusement entretenues, qui sont typiques de l’Île-du-Prince-Édouard, avec diverses décorations sur la pelouse — fleurs débordant d’un tonneau, doris, ancres et pièges à homards — pour donner un aspect sculptural au paysage. Le propriétaire d’une des maisons semble s’être inspiré d’une idée de Noël et a décoré son arbre fruitier sur sa pelouse, à l’avant de la demeure, de bouées multicolores qui se tordent dans la brise marine. Ce secteur fournit les premières signes des profondes racines écossaises dans l’est de l’île. On y trouve le village historique d’Orwell Corner (B), la propriété de Sir Andrew Macphail (C), le monument au Polly (D) des colons de Selkirk, le centre culturel et patrimonial de Croft House Selkirk (E), le parc provincial de Lord Selkirk (F) et le cimetière des pionniers du Polly (G).

Wood Islands

Le deuxième phare de notre périple est le phare de Wood Islands (H).

Il se situe en hauteur, à côté du terminal du traversier (I), avec vue sur le port de pêche en activité. Le phare comporte 11 salles thématiques, où vous pourrez en apprendre davantage sur toutes sortes de choses, depuis les « larmes des sirènes » jusqu’à la contrebande d’alcool. L’Île-du-Prince-Édouard fut l’une des rares provinces au Canada à adopter la Prohibition, ce qui donna l’occasion à toutes sortes de propriétaires de bateaux de faire fortune. Depuis la salle d’éclairage, où la température devient si élevée que les visites sont limitées à quelques minutes, vous pouvez jeter un coup d’œil à deux versions miniatures du phare, les « feux d’alignement », qui guident le traversier de la Nouvelle-Écosse vers le quai.

L’équipe du phare s’efforce d’offrir des activités et des événements interactifs, comme des visites au clair de lune deux fois par été, des céilís et la célébration « Taste of PEI », lors de laquelle on taquine votre palais avec une collation de trempettes s’inspirant de vieilles recettes de l’île. La présentation la plus frappante porte sur le « bateau fantôme qui brûle ». Depuis plus de 200 ans, les habitants de cette partie de l’île aperçoivent un bateau qui brûle au large. Le dernier témoignage remonte à 1978; la scène était si réaliste que l’on envoya le traversier de Northumberland pour porter secours au navire en détresse. Ce n’est qu’une fois arrivés sur place que les gens se rendirent compte qu’ils avaient été trompés par le fantôme.

Au sortir de Wood Islands, vous conduirez votre véhicule le long d’une route côtière, où vous trouverez la cave vinicole de Rossignol Estate (J), qui accueille les voyageurs en leur proposant des dégustations et des suggestions pour accompagner leurs repas.

La promenade sur la route est agréable, parce qu’on voit vraiment combien la terre et la mer se marient. Les champs des fermiers disparaissent dans les eaux bleues resplendissantes du détroit de Northumberland. Les fermiers sur leurs tracteurs labourent leurs champs et, en toile de fond, les pêcheurs sur leurs bateaux remontent leurs pièges à homards à la surface.

Au phare de Cape Bear (K), on propose aux voyageurs un poste d’observation, d’où ils peuvent profiter de la rare occasion d’observer un profil combinant eau bleue, falaise rouge et phare blanc.

Comme beaucoup d’autres, le phare de Cape Bear fut déplacé de son lieu d’origine, qui se trouve désormais sous l’eau, en raison de l’érosion de la côte. Lors de ce déplacement, en 1946 — avec l’aide d’un seul et unique cheval —, on sépara le logement du phare lui-même, pour en faire une chaumière un peu plus loin.

Le phare du Cape Bear a connu une histoire marquante avec le naufrage du Titanic. Comme il renfermait une station de radiotélégraphie Marconi, ce fut un des premiers sites à recevoir les signaux de détresse du paquebot lors de cette nuit fatale d’avril 1912. L’opérateur de Cape Bear transmit le message à d’autres et la recherche de survivants commença.

La gérante Donna MacNeil indique en riant qu’un des articles les plus populaires du lieu est la corne de brume mécanique. Les visiteurs n’arrivent pas à résister à la tentation. Avant l’introduction de technologies comme le radar et le GPS, il était important pour la sécurité des navires d’avoir à bord une corne de brume. Mais cet instrument n’exigeait pas de grandes compétences. On laissait donc le soin de la faire sonner au membre de l’équipage le moins futé. Pour les vieux loups de mer qui se rappelaient l’époque de la navigation à voile, le son de la corne de brume symbolisait toujours « un idiot qui avait un bon travail ».

Quand on quitte le phare de Cape Bear, on prend la route 18 pour se rendre à Murray Harbour, puis à Murray River. Au quai de Murray River (L), on trouve des pourvoyeurs qui proposent des promenades en kayak ou en canot en mer ou des aventures dans les terres.

Panmure Island

À partir de là, on continue le long de la route pittoresque, avec ses quais de pêcheurs, ses fermes, ses champs et des bosquets de bouleaux, pour arriver au phare de Panmure Island (M). Lors de la troisième fin de semaine d’août, cette petite île, dont la population compte 50 habitants, accueille jusqu’à 5000 visiteurs pour le pow-wow de la bande Abegweit.

Le phare de Panmure fut bâti en 1853. Un siècle plus tard, l’île fut raccordée au reste de l’Île-du-Prince-Édouard par une route en remblai. Ces travaux suscitèrent la formation d’une dune de sable et d’une excellente plage pour le bronzage et pour prendre des photos du phare, qui brille sur un plateau vert au bout de la route.

Il s’agit du premier phare en bois construit dans l’île, qui fut bâti comme un navire. Il comporte par conséquent très peu de clous. Ce phare est un véritable chef-d’œuvre d’assemblage, tenu en place par des chevilles en bois. Même les fenêtres sont tenues en place par des glissières en bois. C’est comme un énorme casse-tête. On se demande si, en enlevant une cheville particulière, on ne pourrait pas conduire l’ensemble de l’édifice à s’effondrer.

Le phare de Panmure est un phare important, parce qu’il guide les navires naviguant sur les rivières Montague, Cardigan et Brudenell. Ces trois rivières ont été inscrites au patrimoine du Canada sous l’appellation « Three Rivers » (N) en 2004.

Le trajet de Panmure à Montague le long de la route 17 est ravissant. La route est bordée d’arbres, entrecoupés de clairières qui semblent inspirées par des artistes, parce qu’elles créent des paysages si parfaits qu’il est impossible de résister à l’envie de prendre des photos. Un peu plus loin, au quai de Sturgeon (O), les photos amateurs prendront des instantanés des milliers de bouées délavées qui s’empilent le long de la rive.

Montague est la principale communauté de services pour East Kings. On y trouve plusieurs options pour le logement : chambres d’hôtes, auberges, terrains de camping — ainsi que des banques, des magasins et des restaurants. Juste après la ville, à Brudenell, on trouve deux des meilleurs terrains de golf du Canada atlantique : le terrain de Dundarave (P) et celui de Brudenell (Q). (La région de Points East comprend 14 terrains de golf, dont le Gulf-side Links at Crowbush Cove [R], qui figure sans hésitation parmi les meilleurs terrains de golf au Canada.)

La route vers East Point

Pour se rendre au dernier phare de cet itinéraire, on suit la côte de Cardigan à East Point. C’est là que se trouve la distillerie artisanale Myriad View (U), à Rollo Bay, et l’établissement The Inn at Bay Fortune (V), qui sert du saumon fumé à la cannelle. Vous y trouverez des pistes de randonnée à pied et à bicyclette et une forte culture acadienne autour de Souris. La rive au nord de Souris est bien connue pour ses « sables chantants », à la plage de Basin Head (W). Quand ce sable fait de grains de quartz de forme ronde est sec, on peut souffler dessus pour le faire chanter.

Vous ne reconnaîtrez certes pas d’air connu, mais vous pourrez vous amuser avec cette merveille naturelle. En réalité, on retrouve le même type de sable à peu près partout le long de cette côte, de sorte que vous pourrez faire chanter les grains de sable jusqu’à votre destination finale au phare d’East Point (X).

Juste avant East Point, il vaut la peine de faire un détour pour aller voir le Musée du chemin de fer d’Elmira (Y), qui propose des voyages en train sur son chemin de fer miniature d’une longueur d’un mille. Les cyclistes qui déboulent de la section est du Sentier de la Confédération peuvent en profiter pour prendre une douche. Elmira constitue le point de départ (ou d’arrivée) des meilleures pistes cyclables au Canada. Le Sentier de la Confédération conduit les cyclistes d’une extrémité de l’île à l’autre. On peut aussi le suivre jusqu’à Mount Stewart en passant par St Peters, puis traverser pour rejoindre Georgetown et Montague. On trouve également une piste séparée entre Iona et Murray Harbour. Bon nombre de cyclistes aiment faire des boucles, en alternant entre ces pistes bien signalisées et les routes presque désertes pour découvrir toutes sortes de choses : des troupeaux de buffles, le meilleur endroit pour consommer une portion de frites faites maison avec un cordial à la fraise, etc. Ceux qui se rendent jusqu’au phare d’East Point, qu’ils aient fait le trajet à deux roues ou en automobile, pourront savourer des gourmandises comme une chaudrée au homard ou un hamburger au homard au café du phare.

Au phare d’East Point, les visiteurs peuvent découvrir l’endroit où se rejoignent le détroit de Northumberland, le golfe du Saint-Laurent et l’océan Atlantique. Ils peuvent aussi écouter discrètement les conversions franches et parfois « corsées » des capitaines de navires qui communiquent entre eux par émetteur-récepteur. Ces conversations ne sont pas toujours faites pour toute la famille, mais elles permettent au personnel d’indiquer aux voyageurs quand la prochaine cargaison de thon arrivera au port de North Lake (Z).

Le phare d’East Point a une histoire assez piquante. Alexander Beaton, riche propriétaire, échangea le terrain pour le phare contre le droit à occuper lui-même le poste de gardien du phare et à transmettre ce poste à ses descendants à perpétuité. En l’occurrence, Beaton ne fut pas aussi futé qu’il le pensait. Il ne se maria jamais et n’eut jamais d’enfant, de sorte que le contrat perdit toute validité.

Il s’agit d’un modèle de phare d’avant la Confédération, construit par un autodidacte local qui construisait normalement des granges. Les deux poutres qui s’élèvent de la base octogonale sont des troncs d’un seul tenant d’épinette noire de 45 pieds de long, qui ne manquent pas de surprendre les habitants de l’île, lesquels s’étonnent de découvrir que l’endroit a eu un jour des arbres aussi hauts.

Comme plusieurs de ses compagnons, le phare d’East Point fut déplacé à deux reprises, ce qui eut de graves conséquences inattendues. En 1882, le HMS Phoenix s’échoua sur un récif au large d’East Point. Le capitaine fut accusé de négligence par le tribunal de l’amirauté. On prouva cependant qu’il avait bien suivi ses cartes, mais qu’elles étaient inutiles parce que leur point de repère, le phare, était à un endroit différent. Le capitaine fut acquitté.

Que vous soyez passionné de phares, d’histoire, de gastronomie, en voyage de noces ou en vacances en famille, ces phares vous guideront pour vous faire découvrir une communauté diverse de personnes d’origine française, acadienne, anglaise, écossaise, irlandaise ou autochtone, qui seront plus que disposés à vous faire profiter de ce qu’ils ont de meilleur à offrir. Vous découvrirez un cadre offrant des levers de soleil magnifiques et où il est encore possible d’observer la voûte céleste. Et vous découvrirez que ce sont les petits endroits qui produisent parfois les souvenirs les plus vifs.

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