Texte : John et Sandra Nowlan

De superbes mets. D’excellents vins produits localement. Et même de l’« alcool noir » légal! On trouve tout cela à l’est de l’Île-du-Prince-Édouard, qui est une région à la réputation grandissante en tant que destination pour les gourmets. Michael Smith, chef cuisinier populaire à la télévision dans plusieurs émissions de la chaîne Food Network, pense que cette région est en train de devenir une destination de choix pour celles et ceux qui recherchent une cuisine d’exception.

Pour tenter de confirmer que cette réputation était méritée, nous avons passé trois journées délicieuses à suivre l’itinéraire de la promenade côtière de Points East de Charlottetown à Georgetown, puis à Bay Fortune et à St Peters. C’est un itinéraire qui en vaut vraiment la peine, non seulement à cause de ses paysages remarquables (la côte irrégulière offrant d’incroyables panoramas avec des falaises de grès, des phares historiques, des havres paisibles et plusieurs douzaines de plages protégées et peu fréquentées), mais aussi à cause de ses nombreux restaurants de grande qualité et chefs cuisiniers désormais bien établis dans ce secteur paisible.

Vous trouverez une carte au bas de la page indiquant les différentes destinations mentionnées dans le texte. Vous pouvez cliquer sur les liens sur la carte pour visualiser les attractions spécifiques mises en relief par Charles.

Au sortir de Charlottetown, il n’y a que 30 km à faire en toute tranquillité pour arriver à Orwell et au Sir Andrew Macphail Homestead (A), charmante demeure à pignons des années 1850. Sir Andrew fut le premier professeur d’histoire de la médecine de l’Université McGill et se fit le champion de l’agriculture de l’Î.-P.-É. Il a été nommé « personne d’importance historique nationale ». La fondation qui gère ce musée se procure des produits auprès des agriculteurs locaux et les utilise pour les mets délicieux qu’elle propose au salon de thé dans la véranda édouardienne.

Nous avons dégusté un délicieux repas de midi composé de saumon fumé de l’île sur de la bannique faite maison avec du fromage à la crème aromatisé au fenouil et aux oignons rouges et des cubes de raisin, le tout servi dans de la porcelaine Royal Doulton. Nous avons également savouré la soupe du jour (aux légumes rôtis) et un plateau de fromages de l’île, avec le cheddar primé d’Avonlea, du gouda au poivre noir et du fromage à la crème, le tout servi avec des raisins, des noix et un miel de l’île plein de goût. Ce repas a constitué un point de départ idéal pour notre périple.

Notre arrêt suivant s’est fait à Georgetown (B), village portuaire à la pointe est d’une péninsule d’une longueur de 8 km et grand centre de construction de bateaux en bois à l’époque victorienne. Le village ne compte aujourd’hui plus que 800 habitants, mais a gardé ce charme victorien et offre aux visiteurs non moins que trois lieux remarquables pour les gourmets.

Juste avant d’arriver à Georgetown, il y a une sortie bien indiquée pour se rendre à la station de Rodd Brudenell River (C). Cette station compte non seulement un terrain de golf de championnat de 18 trous (qui est une des destinations préférées tant des golfeurs de l’île que des touristes), mais également deux très bons restaurants. Le Club19 (D) est un restaurant décontracté de style « pub » avec un bar, qui propose de la nourriture et une ambiance d’une qualité nettement supérieure à celle des restaurants typiques de cette catégorie. À côté se trouve le Stillwaters (E), qui est le principal restaurant de la station, avec un long menu de spécialités locales, comme le saumon dans son enveloppe de maïs (filet de saumon assaisonné cuit dans une enveloppe de maïs avec relish de maïs au poivre et au sirop d’érable) et la darne de flétan cuite à la poêle, carbonisée avec des épices et servie avec un chutney de mangue, du riz basmati à la gousse de vanille et du brocoli.

Le restaurant le plus nouveau à Georgetown se situe directement sur le front de mer et dispose de sa propre véranda. Il s’agit du Clam Diggers (F), avec Adam Loo, jeune chef plein d’imagination et récent diplômé du PEI Culinary Institute de Charlottetown. Il nous a dit que son but était d’être le meilleur. « Nous voulions nous spécialiser dans des produits qui ne sont pas trop courants, comme les crabes des neiges et les coques. Tout doit être frais, d’origine locale quand c’est possible et préparé de la meilleure façon que nous connaissions. » Lors de notre passage dans ce restaurant, la grande salle de décoration simple était pleine de touristes et d’habitants du coin savourant des steaks, du homard, du saumon, du flétan et des plateaux d’énormes pattes de crabe des neiges.

Le crabe des neiges des Maritimes, doux et tendre, est à notre avis tout aussi bon que le homard et le Clam Digger le prépare très bien et le sert soit seul soit avec un petit steak, à la manière « Surf ’n Turf ».

Don Taylor, propriétaire du Clam Diggers, nous dit qu’il sait que le restaurant est loin des sentiers battus, mais il est convaincu que sa réputation de qualité finira par rapporter gros. « Nous achetons les poissons entiers directement auprès des pêcheurs et nous les découpons nous-mêmes. Si vous prenez la peine de venir chez nous, nous voulons nous assurer que vous n’êtes pas seulement content de votre repas, mais absolument ravi. »

Kent Kennedy, de Calgary, était venu à Brudenell avec sa femme pour jouer au golf, mais un magasin du coin lui a recommandé le Clam Digger et il fait désormais partie de ces clients véritablement ravis. « C’est fantastique, nous a-t-il dit alors qu’il dévorait un plateau de pattes de crabe et de steak. J’ai déjà mangé du crabe ailleurs, mais il n’était pas aussi bon qu’ici. C’est un des meilleurs restaurants que nous ayons jamais trouvés dans les Maritimes. »

Don Taylor, le propriétaire du Clam Diggers, était exploitant de l’auberge Georgetown Inn (G), établissement rustique mais très confortable, au centre de Georgetown, mais a décidé de vendre cet établissement l’an dernier à un couple d’Edmonton, Joel Short et sa femme Dawn. Ces deux Albertains pleins d’énergie se sont immédiatement intégrés dans la communauté. Dawn organise des activités théâtrales et a de grands talents de chanteuse et de pianiste. Joel a apporté à la cuisine de l’auberge ses talents culinaires considérables. « Mon but, nous a-t-il dit, est d’offrir des mets simples, mais originaux. J’aime bien apporter une touche de nouveauté et de créativité aux ingrédients locaux. » M. Short a été cuisinier dans un restaurant japonais pendant quelques années et il dit que son style est influencé par la cuisine asiatique.

Notre dîner à la Georgetown Inn s’est effectivement avéré être plein d’originalité et de saveur. Nous avons choisi le menu de dégustation du chef, qui consiste en un choix de petites portions des différents plats du menu, avec quelques surprises. Nous avons notamment dégusté une entrée de boules de risotto de homard (qui fait partie des mets préférés des habitants de Georgetown), des pétoncles « samurai » avec des graines de sésame noir et blanc dans une sauce ponzu, des huîtres de l’île frites dans une pâte à frire tempura et aspergées de sauce soja et un duo de piérogues au homard et de raviolis à la viande de côte de bœuf. Ces mets merveilleux ont été suivis de portions de porc de l’île et de saumon poché au champagne.

Elizabeth Ellis, de Toronto, était l’une des autres clientes du restaurant de la Georgetown Inn. Elle visite ce coin de l’île depuis près de 20 ans maintenant et dit qu’elle commence à se détendre dès qu’elle débarque de l’avion à Charlottetown et prend la direction de l’est. Ce jour-là, elle a choisi la tourtière de homard, qui est l’une des spécialités de Joel Short. Ce plat est un délice pour les sens et pour la vue, avec une pince de homard écarlate qui dépasse du haut de la croûte. « Incroyable », nous a déclaré Mme Ellis.

Lors du trajet pour se rendre à Georgetown et aux autres communautés plus loin dans la promenade côtière de Points East, bon nombre de touristes s’arrêtent à Montague (H), qui est la plus grande ville du comté de Kings. Pour le repas de midi, les habitants du coin recommandent Windows on the Water (I), grande maison avec terrasse convertie en restaurant qui possède, comme son nom l’indique, une vue stupéfiante de la marina de Montague (J) et de sa longue rivière qui se jette dans la mer. La nourriture est également étonnante!

Nous avons partagé une salade savoureuse de laitue, de mandarines et de noix de pécan confites servie avec du poulet grillé et des galettes de poisson délicatement assaisonnées, le tout cuit à point et aussi délicieux qu’on peut l’imaginer.

Nous avions hâte de nous rendre à Bay Fortune (L) et au restaurant de l’auberge du même nom. Mais nous voulions également visiter Rollo Bay à proximité de Souris, emplacement de la première distillerie légale de l’île. L’alcool noir clandestin est une tradition à l’Île-du-Prince-Édouard (peut-être du fait que la Prohibition y a duré plus longtemps que dans aucune autre province) et est souvent la boisson préférée lors des activités sociales et des mariages. Lorsque le docteur Paul Berrow et sa femme Angie ont déménagé à Souris il y a six ans, il a naïvement demandé : « Puisque tout le monde boit de l’alcool noir, pourquoi ne peut-on pas en acheter au magasin d’alcools? » Quand les rires de l’assistance se sont apaisés, le docteur Berrow a décidé qu’il était temps d’ouvrir sa propre distillerie, mais en le faisant légalement.

Après de nombreux aléas juridiques faisant intervenir des politiciens et des bureaucrates du gouvernement, la distillerie artisanale Myriad View (M) a ouvert ses portes en 2007, avec un énorme alambic en cuivre à la fine pointe de la technologie, importé d’Allemagne. La distillerie a remporté un succès immédiat, avec 20 000 bouteilles par an de rhum, de gin, de vodka et de deux types de « shine » (terme dont le docteur Berrow compte faire une marque de commerce), une version normale et une version à 75 p. 100 d’alcool appelée « Straight Lightning ». La distillerie est en train de laisser vieillir sa production de whisky et de brandy dans des tonneaux en bois.

Même si les spiritueux traditionnels reçoivent de bonnes critiques (le chef Michael Smith a dit au docteur Berrow que le Strait Gin de Myriad View était l’un des meilleurs gins qu’il ait jamais goûtés), c’est le « shine » qui fait parler de lui dans toute l’île. Apparemment, l’alcool noir de l’ouest de l’Île-du-Prince-Édouard est fait à base de sucre, tandis que les gens de l’est préfèrent leur alcool noir illégal quand il est fait à base de mélasse. Paul et Angie Berrow ont fait un compromis et choisi de fabriquer leur alcool à partir d’un mélange de sucre et de mélasse. Il semble que ce produit satisfasse tout le monde.

La philosophie des Berrow est simple : « Si nous n’aimons pas nous-mêmes les produits, nous ne les mettons pas en bouteille. » La capacité de la distillerie est de 40 000 bouteilles par an, alors l’entreprise a de la marge et prévoit exporter ses produits au-delà de l’Île-du-Prince-Édouard.

À 10 km à peine de Rollo Bay, sur la côte nord-ouest, deux entrepreneuses fabriquent elles aussi un produit de distillerie légal. La Prince Edward Vodka est la première vodka canadienne à base de pommes de terre. Julie Shore et Arla Johnson, à la distillerie Prince Edward (N), produisent également des lots de vodka aux myrtilles, ce qui est une autre première à l’Île-du-Prince-Édouard.

La carte des vins et des liqueurs à l’établissement Inn at Bay Fortune (O), à quelques minutes en voiture au sud de Rollo Bay, est la meilleure de l’île. Il s’agit en réalité du seul restaurant de l’Île-du-Prince-Édouard à avoir reporté le prestigieux prix d’excellence du Wine Spectator. Cette carte comprend des produits de la seule cave vinicole de l’Île-du-Prince-Édouard, Rossignol Estate Wines (P), située à Little Sands, à la pointe sud de la promenade côtière de Points East. Plusieurs de leurs millésimes ont remporté des prix distinguant les meilleurs vins au Canada.

Mais c’est la nourriture extraordinaire qui sort du lot à l’Inn at Bay Fortune. Depuis que David Wilmer a racheté et rénové cette propriété âgée de 100 ans en 1989, sa réputation de gastronomie fine n’a fait que grandir. Le chef exécutif actuel, Warren Barr, perpétue et consolide la tradition de Michael Smith, qui y a travaillé de 1992 à 1999 et qui a lancé sa première série télévisée dans les cuisines de Bay Fortune.

Le dîner servi dans la véranda spacieuse et lumineuse de l’édifice principal de l’auberge (qui fait face à l’est vers le port et les collines de terres agricoles au-delà) est décontracté et fait pour divertir les visiteurs et ravir le palais.

Après que le chef a excité nos papilles gustatives avec des amuse-bouche (faits de fraises et de radis), nous avons choisi une salade de pommes de terre « Rare Earth » et du homard du port de Fortune dans une mousse légère à l’oseille. Ce mets a été suivi d’un cannelloni original fait de fines couche d’espadon enroulées autour de légumes marinés en julienne. Les deux mets étaient originaux et très goûteux.

L’un de nos plats principaux a été une portion généreuse et parfaitement cuite de flétan des Maritimes avec pogo de porc effiloché dans une gelée à la nectarine avec du fenouil, des champignons biologiques du coin et du maïs doux. L’autre a été un plat d’agneau de Dundas Dorset (élevé dans une ferme traditionnelle à 10 min à peine) à vous mettre l’eau à la bouche, préparé de quatre façons différentes : escalope, navarin tendre, boule de viande faite maison et côtes d’agneau succulentes. Ces deux plats figurent parmi les meilleurs repas que nous ayons jamais mangés et seraient couronnés de quatre étoiles dans n’importe lequel des restaurants les plus cotés de l’Amérique du Nord.

Le dernier arrêt dans notre aventure culinaire à l’est de l’Île-du-Prince-Édouard s’est fait à l’Inn at St Peters (Q), située dans une propriété idyllique de 13 arpents à la pointe de St Peters Bay (R), laquelle fait 10 km de long. Avant d’aller déguster le brunch du dimanche, nous savions qu’il nous fallait faire un peu d’exercice, alors nous nous sommes rendus à Greenwich (S) et à la section la plus récente du fameux parc national de l’Île-du-Prince-Édouard. Ce parc, qui a ouvert il y a 10 ans, comprend un excellent centre d’interprétation et un sentier de randonnée de 4,5 km qui traverse des terres agricoles abandonnées, des jardins de plantes exotiques et l’étang Bowley Pond (avec une promenade flottante astucieuse), pour déboucher sur une plage extraordinaire et les dunes les plus élevées et les plus spectaculaires de l’île. Le site comprend un secteur spécial, dans lequel on peut admirer une paire de dunes géantes paraboliques qui se déplacent avec le vent et qui sont un phénomène rare. C’est une randonnée qui en vaut la peine dans ce secteur très spécial de l’Île-du-Prince-Édouard.

De retour à l’Inn at St Peters, nous avions bien entendu bien faim et avons savouré notre premier plat, une grosse assiette de moules tendres de St Peters Bay cuites à la vapeur dans un beurre au vin blanc et au romarin, servies avec de la crème. Ces moules de toute évidence très fraîches sont récoltées à quelques mètres à peine dans la baie. Nous avons également commandé le « Fisherman’s Lunch » du restaurant, qui comprend un solomon gundy, des huîtres fumées locales et du saumon au citron servi avec un bagel grillé, du fromage à la crème et de petits légumes macérés dans le vinaigre faits maison. Comme les autres cuisiniers des meilleurs restaurants de l’Île-du-Prince-Édouard, le couple formé par John Haines et Tracy Wallace met l’accent sur les produits locaux et biologiques et attache une grande importance à l’aspect nutritionnel de la cuisine.

Nous nous sommes rendus avec réticence aux Wood Islands pour prendre le traversier et rentrer en Nouvelle-Écosse, en nous laissant bercer par le souvenir de la réplique de Kent Kennedy, de Calgary, sur son repas au Clam Diggers à Georgetown : « La nourriture dans ce secteur de l’île est tout simplement fabuleuse. C’est un endroit merveilleux pour les vacances. »

John et Sandra Nowlan sont des rédacteurs touristiques travaillant à la pige et basés à Halifax. Leurs articles sur la cuisine internationale ont paru dans le Boston Globe, le Toronto Star, le Calgary Herald et de nombreux autres journaux et magazines. Sandra est également l’auteur d’un livre de recettes pour les personnes souffrant d’hypertension, intitulé Delicious DASH Flavours et disponible partout au Canada.

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